Mystery Lights, la verve, l’allure extravagante et le crachat

Un groupe se présente au monde avant tout par sa prestation scénique. Ceux pour qui l’on se passionne font de leurs concerts des coups de poings et véhiculent une énergie brute qui saute à la figure de tous. Mystery Lights en fait brillamment parti. Le mois dernier, dans la salle embuée de la Maroquinerie, ces quatre forces tranquilles ont autant ébouriffé leurs cheveux qu’ils ont sautillé incessamment. Pourtant tout ça n’a rien d’artifices de scène, ce groupe est dévoué à ces instants sur l’estrade, où le lâcher prise rencontre la maîtrise, où le souffle est court et la frénésie violente. Parce que l’on est persuadés qu’un tel charisme cache une histoire intéressante, nous avons pris le temps de rencontrer le bassiste Alex Amini, le guitariste L.A Solano et le chanteur Mike Brandon autour d’une bière, juste avant le lever du rideau.

 

 

Vous êtes originaires de Californie pourquoi avoir bougé à New York  ?

L.A Solano : On avait des amis là-bas, on y est juste allé en visite. On s’est tous rejoins mais on n’avait pas vraiment de plan.

Mike Brandon : C’est l’opposé de la Californie où tout est tranquille et calme. Ce n’est pas vraiment qu’on s’y ennuie quand on y habite, c’est juste un rythme différent on va dire. New York est plus frénétique, vivante et diverse. Ça avait l’air d’être l’expérience à vivre. On n’avait jamais vraiment été à New York en plus. On y a juste été pour tâter le terrain et ça s’est avéré être à notre goût, à tel point qu’on a fini par y rester. Ça fait sept ans… La difficulté réside dans le loyer, c’est cher. Mais sinon ça vaut le coût. La Californie nous manque quand même, on retournera sans doute y vivre à un moment donné.

 

Pourquoi avoir choisi le Queens ? Ce n’est pas vraiment l’endroit le plus connu pour être vivant.

Mike Brandon : Alex vient de New York, il vivait déjà dans le Queens. Il y a trouvé un appartement pas cher.

Alex Amini : J’ai toujours vécu à New York, j’ai habité dans pas mal de quartiers mais même si le Queens n’a rien d’excitant, ça reste un endroit agréable et calme.

L.A Solano : On ne veut pas vraiment vivre dans l’endroit le plus bondé ou animé.

Mike Brandon : On est content d’être reclus là-bas et puis c’est pas si loin de là où tout se passe. C’est à quelques stations de Manhattan et Brooklyn. C’est plus cool d’être dans les quartiers résidentiels finalement. On réussit à vivre tous ensemble, à jouer ensemble. On s’est trouvé un appartement assez grand avec un studio en bas. Daptone n’est qu’à deux stations de métro. Je ne changerais tout ça pour rien au monde.

L.A Solano : Mais on ne conseille à personne d’y vivre.

 

Ah oui ? C’est dur de vivre à New York ? 

L.A Solano : Tu te retrouve immergé. Si t’es prêt à vivre dans un canapé pendant un an, le temps de savoir ce que tu vas faire et comment tu vas gagner de l’argent, tout ira bien.

Alex Amini : Tu peux être sans le sou et vivre une vie décente. Enfin, si tu connais les bonnes personnes.

L.A Solano : Et si tu es prêt à vivre ce genre de vie. Certaines personnes n’aiment pas ce style de vie. Mais nous, ça nous va. Ça a pris un moment mais maintenant on a une belle baraque, on s’en sort bien.

 

Il y a un certain son qui est affilié traditionnellement à New York. Les Modern Lovers, les Strokes, le Velvet Underground… Vous savez, ce son du métro new yorkais qui affecte tous les groupes qui y vivent. Vous avez ressenti une influence de la ville sur votre son ?

L.A Solano : On écoute des groupes new yorkais depuis qu’on a commencé à jouer nos instruments, au lycée. On a commencé par écouter les Ramones, Television et les New York Dolls puis la No Wave avec James Chance, d’ailleurs c’est la meilleure période.

Mike Brandon : Je ne pense pas que ça ait changé grand chose à notre musique. On a toujours été inspiré par de la musique new yorkaise.

 

À propos de cette ville vibrante et frénétique qu’est New York, ça vous est arrivé de vous perdre parfois ou de vous sentir submergés ? 

L.A Solano : Évidement. On a grandit en Californie… Ça nous manque. Le contraste est poignant. D’ailleurs, on aime prendre des pause. C’est un peu une relation d’amour et de haine. On rentre en Californie, on s’ennuie, on revient à New York, on se sent trop stimulés, on repart en Californie.

Alex Amini : Je pense juste qu’il faut savoir se ménager. On a beaucoup d’amis dans des groupes, ils jouent un soir sur deux, c’est facile de se laisser entraîner dans un rythme effréné. C’est pour cette raison que c’est pas plus mal d’habiter un peu loin de tout ça. Ça nous fait du bien.

 

 

Pour vous quel est le point en commun entre des artistes de Daptone Records tels que Sharon Jones ou Charles Bradley et vous ? Qu’est-ce qui vous rapproche d’eux finalement ?

Mike Brandon : Le rock que l’on joue prend racine dans le blues et la soul. Daptone est un label de soul, ces artistes jouent de la soul. Je pense que c’est le point que l’on a en commun. Je ne pense pas que Daptone ne s’intéresse qu’à la soul de toute manière, et puis, qu’est ce que la soul finalement ? C’est une sensation qui se localise dans les tripes. C’est tout ce qui est viscéral. Les Frightnrs faisaient du reggae mais ils sont tout de même chez Daptone. Il y a des points de rencontre avec ce genre de musique aussi. Ce qui nous uni c’est leur approche qui reste toujours la même, ils ne compliquent pas les choses avec des ordinateurs : ils font ça à l’ancienne. Peu importe le genre de musique. Tous ceux qui sont chez Daptone aiment écrire et enregistrer la musique de cette manière.

L.A Solano : C’est un honneur de faire partie de ce label, ils ont d’excellent musiciens.

 

Comment avez-vous réussi à être les premiers à sortir un album chez Wick Records ?

Mike Brandon : Christiana Bartolini qui travaille chez Daptone nous a découvert lors de l’un de nos show. Elle a trainé Neal Sugarman et Wayne Gordon à Union Pool, une salle de concert à Brooklyn, voir l’un de nos shows un soir d’été. Après notre concert, ils sont venus nous démarcher, nous proposer de venir voir leur studio. On était flattés qu’ils veuillent sortir notre premier 45t et nous inclure dans leur sous-label Wick.

L.A Solano : Wayne Gordon et Mikey Post ont produit notre album. Mikey Post s’occupe de Wick aussi, c’est leur projet à tout les deux. Mikey Post est aussi batteur dans un groupe, The Jay Vons et il joue aussi dans Raining Sounds. Je pense que c’était leur excuse pour ramener le rock qu’ils adorent et jouent dans Daptone Records.

 

 

Vous répondez quoi aux gens pour qui vous n’êtes qu’un énième groupe de revival 60’s? 

L.A Solano : On aime beaucoup de genres de musique différents. Parfois les gens n’entendent que cet aspect là dans notre musique. Ça ne nous dérange pas, on ne fait que jouer la musique qu’on apprécie. On n’essaye pas de sonner comme quelque chose en particulier.

 

C’était difficile de ne choisir que quelques chansons à mettre sur l’album parmi le paquet de morceaux que vous avez en magasin ?

L.A Solano : Pour le premier album c’est vrai qu’on avait de nombreuses chansons. D’habitude Wayne Gordon et Mikey Post discutent avec nous de la manière dont on pourrait assembler les morceaux que l’on a sélectionné. On doit faire en sorte d’en choisir qui sont connectés d’une manière ou d’une autre, qui ont la même couleur. J’imagine que ce n’est qu’une question d’organisation finalement. On essaye d’enregistrer toujours plus que prévu. Par exemple, on vient de composer six chansons, deux d’entre elles sortent sur un 45t dans quelques mois mais on ne sait pas vraiment encore si elles feront partie de l’album. Ça va dépendre de beaucoup d’éléments.

 

Vous êtes amis depuis longtemps, vous jouez ensemble, vous composez ensemble. Est-ce que vous avez trouvé un moyen de calmer les crises lorsqu’elles arrivent ?

L.A Solano : On est tous assez caractériels et bipolaires. On se connaît depuis très longtemps, on a fini par apprendre à quel moment il faut se laisser de l’espace. Mais c’est sûr que ça prend du temps. On est dans une véritable relation avec notre groupe. C’est un peu comme être mariés tous ensemble, tu te retrouves coincé avec eux tout le temps. Mais on s’entend très bien. On est soudés et on se protège autant qu’on le peut. Tout ce qu’on vit nous rapproche.

 

J’ai entendu dire que vous étiez plutôt du genre introvertis. C’est pas difficile le milieu de la musique quand on est timide ?

L.A Solano : Pour ce qui est d’enregistrer c’est facile. (rires)

Alex Amini : On est souvent dans des foules et beaucoup de gens viennent nous parler. Ça peut-être submergeant parfois mais on est obligés de jouer un peu le jeu, de sortir de notre tête.

L.A Solano : Lorsque l’on est sur scène on oublie tout ça.

 

 

Y a-t-il a une histoire particulière derrière l’un de vos riffs ?

L.A Solano : On n’y pense pas vraiment de cette manière.

Alex Amini : On écrit la musique de deux manières différentes. Parfois on improvise et on écrit ce qui en découle. Parfois L.A arrive avec son riff et on construit nos chansons autour de cet élément. Ça dépend. Dans tout les cas ça se produit de manière très naturelle.

L.A Solano : Ça dépend beaucoup de ce qu’on écoute à cette période-là aussi. On écrit surtout la musique qui nous semble être adéquate au live, pas vraiment celle qui est faite pour le studio. La musique est en fait juste une excuse pour jouer live. C’est comme ça qu’on faisait avant, on tournait. On n’avait jamais rien sorti, on ne savait pas comment faire pour sortir un album. Daptone ça a été une grande étape pour cette raison là. Leur approche reste assez similaire à la nôtre. Le studio est une vieille maison, quand tu y es, tout le monde vient, te dis ce qu’il en pense. On construit comme ça.

Alex Amini : On essaye de ne rien forcer en tout cas.

 

Vos paroles sont-elles cathartiques ? 

Alex Amini : Absolument.

L.A Solano : Beaucoup de nos paroles sont à propos des relations. Mike est très bon lorsqu’il s’agit de traduire ses émotions en chanson. Faire de la musique c’est sortir quelque chose de toi dans le monde, et si tu en es fier c’est une sensation incomparable.

Alex Amini : Mike dit que la plupart de ses chansons viennent de ses démons, de ses conflits internes. Il essaye de comprendre sa propre psyché, ce qui est assez difficile.

L.A Solano : C’est pas simple de produire quelque chose quand tu es heureux et confortable. Les gens peuvent vite devenir accros au fait d’aller mal et d’être malheureux. Dans un sens, ça te pousse à créer, à t’exprimer, c’est pas si mal. Tu vois, c’est comme le fait d’habiter en Californie, c’est très agréable mais parfois ça ne t’incite pas à créer, à sortir quelque chose de toi. J’imagine du coup que ça a du bon de se sentir mal parfois.

 

Vous vous retrouvez dans les paroles qu’il écrit ? 

L.A Solano : Oui, absolument. Il écrit vraiment très bien.

Alex Amini : C’est à moitié intentionnel, il y a du lâcher prise autant que de la réflexion, c’est très imaginatif.

 

Une dernière question : à quoi ressemble le diable ? 

L.A Solano : Il a des cheveux décolorés et une crête sur le haut du crâne. Il porte un maillot de bain. Je ne sais pas… (rires) À vrai dire, le diable c’est beaucoup de choses différentes selon les gens. Je ne suis pas vraiment religieux, mais je crois en une force supérieure. Je ne crois pas en les religions organisées.

Alex Amini : Moi non plus.

L.A Solano : Mais je pense que ça aide beaucoup de gens. Finalement je pense que le diable c’est tes propres peurs. Il peut-être bon parfois et te forcer à te surpasser.

Alex Amini : Tu ne peux pas avoir l’un sans l’autre. Tu dois vivre la noirceur pour accéder à la lumière. C’est un mal nécessaire comme on dit. On en a besoin.

 

Words : Chayma Mehenna

Crédit photo : Romain Duplessier / The Attic Video

Chayma Mehenna

Culture enthousiaste et passionnée d'arts et de musique particulièrement de garage et psych rock.

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