Froth, romantisme désinvolte

Sur la scène du Shacklewell Arms, Joo-Joo Assworth grand jeune homme mince, balance en rythme ses longs cheveux raides cachés sous un bonnet de laine. L’atmosphère y était brumeuse mais leur énergie intense. Cette aisance sur scène, cette verve, n’a pas toujours été présente pour le groupe. Vus en 2013 au Burgerama III, à Santa Ana, leur manque d’aisance sur scène en avait fait un concert assez quelconque. Les tournées depuis lors leur ont donc fait du bien. Toujours plein de nonchalance et de décontraction, Froth est aussi composé Nick Ventura à la seconde guitare, de Jeremy Katz à la basse et de Cameron Allen à la batterie. Ils ont trouvé l’inspiration du nom dans l’expression australienne que l’on pourrait traduire comme ‘faire mousser la chatte’. Le groupe existe depuis 2011 mais a commencé par créer de faux vinyles en étant eux-même un faux groupe. Une sorte d’énorme blague qui montre que Froth tient plus de l’accident que de l’idée réfléchie et qu’ils ne se prennent pas au sérieux. Ils ont d’ailleurs appris à jouer de leurs instruments en même temps que la bande prenait forme et ont commencé par jouer en public lors d’un barbecue dans le jardin de Jeff Fribourg ancien membre, créant alors le terme de « bbq rock ».

Originaires de El Segundo, petite ville (dont ils déplorent la scène musicale peu fertile et presque inexistante) près de Los Angeles, qu’ils admirent pour sa prépondérance en groupes, ils ont tout de même été inspirés par l’importance du surf dans leur ville. Leur album Pattern diffuse un rock surf lo-fi et psychédélique, et sonne ce qu’il faut de shoegaze comme les années soixante. La voix est effacée et vaporeuse et l’ensemble témoigne d’une fraicheur inédite. Clairement dans la lignée des romantico-surfeurs tels que les Growlers ou les Allah-Las on retrouve chez Froth les mêmes grands thèmes et cette ambiance californienne précieuse. Pourtant loin d’être un simili groupe, ils ont leur propre patte et ont attiré l’attention. Récemment convoités par Hedi Slimane pour le défilé Saint Laurent (pour lequel ils ont allongé leur chanson General Education) puis repérés par Lollipop et Burger Records (deux labels indépendants qui pèsent sur la scène rock psychédélique aux États-Unis) ils ont sorti leur deuxième opus nommé Bleak cette année chez Azbin Records (label des Strange Hands et de Kaviar Special). Plus indie dream-pop, à consonance eighties/nineties, celui-ci est moins homogène dans la qualité de ces morceaux, mais n’en reste pas moins produit et a le mérite d’être éclectique et expérimental. On y trouve quelques pépites tel qu’un Sleep Alone très épuré et simple et le magnifique Nothing Baby, son dont le clip a été tourné sur le quotidien du batteur à Los Angeles. Dans un genre de cinema mumblecore, dirigé par Riley Blakeway, la vidéo explore avec des scènes quotidiennes contemplatives la difficulté de vivre dans une grande ville telle que Los Angeles, la solitude face aux grands espaces et la précarité (le batteur livre réellement des pizzas en vélos depuis qu’il a perdu sa voiture).

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Chayma Mehenna

Chayma Mehenna

Culture enthousiaste et passionnée d'arts et de musique particulièrement de garage et psych rock.